Sortir du déni

Pour plusieurs raisons, je n’ai jamais pu qualifier les gestes dont j’ai été victime de “viol” ou même seulement d'”agressions sexuelles”, préférant à ces deux termes l’expression “abus sexuels”. Aujourd’hui, avec l’écriture de mon livre Grandir, avec l’article-interview de Martine Roffinella, et plus récemment, avec l’affaire Epstein, je me rends compte que c’est non seulement un abus de langage mais un déni.

Petite, je n’ai peut-être pas été violée – et encore, je dis “peut-être” – mais j’ai bel et bien été agressée au plus profond de mon être. L’on a abusé (encore ce mot-là) de ma confiance et de ma situation de dépendance pour m’agresser. Physiquement, psychologiquement et sexuellement. J’ai longtemps cru avoir été à l’origine de ces agressions, que j’avais été la complice de ces actes, voire l’investigatrice d’une relation consentie. D’où le terme “abus sexuels” que j’ai longtemps défendu, à tort, en parlant d'”agressions sexuelles”. Du fait qu’il n’y a jamais eu de pénétration, presque jamais de douleur physique, mais au contraire, un certain plaisir, la honte a été ma compagne et je n’ai pas pu trouver les mots adéquats. L’impossibilité, pour moi, de qualifier quelque chose qui avait été source de plaisir d'”agressions”.

Ce n’est que récemment que j’ai compris que le plaisir que j’avais pu ressentir lorsque, à 9 ans, je me faisais agresser sexuellement, était non seulement mécanique – dans le sens où l’on peut éprouver ce sentiment, même enfant, lorsque l’on se fait caresser – mais surtout l’expression de l’hyper-sexualité dans laquelle on m’avait plongée quand, plus petite encore, j’avais été victime d’autres agressions sexuelles. C’était aussi, pour moi, une nécessité d’éprouver ce “plaisir” face au “déplaisir” que j’éprouvais dans d’autres situations au même moment, par d’autres personnes, où j’étais battue et où l’on me faisait mal physiquement.

Je pense – mais ce n’est qu’une opinion personnelle à prendre avec un peu de sel – que si les victimes d’Epstein et des autres dans ce réseau de violeurs comme dans d’autres réseaux similaires ont dû mal à se manifester, ont dû mal à qualifier ce qu’elles (et parfois ils) ont vécu de “viols”, c’est peut-être aussi à cause d’une difficulté à assimiler ces vécus à des agressions. Peut-être qu’elles (et ils) ont été leurrées, tout comme moi, à croire qu’elles (et ils) étaient à l’origine d’une relation consentie, peut-être qu’elles (et ils) ont reçu des cadeaux ou de l’argent, sources de plaisirs aussi quand on est jeune, peut-être que, comme moi, elles (et ils) ont eu à “choisir” ce qui leur faisait “le moins mal”, du moins physiquement.

Peut-être.

Dans tous les cas, aujourd’hui, j’affirme avoir été agressée. Sexuellement. Et je comprends les réactions des gens (Dr Muriel Salmona, MiKohiyama parmi d’autres) sur les réseaux qui dénoncent le traitement de l’affaire Epstein et l’abus de langage qui sévit dans la presse française.

Il est temps de sortir du déni (hein, Le Monde ?) et d’abus du langage pour qualifier ces gestes pour ce qu’ils sont : du trafic humain, des viols et des agressions sexuelles sur mineur(e)s.

Avant ses vacances

Dernier entretien avec ma psychologue avant ses vacances. C’était un très bon entretien. Nous avons parlé de Torey L. Hayden, une auteure américaine que je lui avais fait découvrir, de la suite des aventures avec ma mère, de ma crainte, avant de connaître ma nouvelle psychologue, qu’elle ne soit trop jeune, de mon travail de refonte de ce site et du fait que, par ces actions, je partais à la recherche de moi-même tout en délimitant un peu plus les contours de ma personne. C’était une discussion très stimulante et j’ai voulu partir sur ça. Sur le fait que je délimitais les contours de moi-même. Comme si je dessinais une carte.

Ça me fait du bien de choisir quand je pars. Même s’il reste quelques minutes de la séance. D’avoir le choix. Dire “j’ai envie de m’arrêter là”, qu’elle l’accepte et met fin à l’entretien.

La preuve

L’autre jour, je ne sais plus quand, j’étais en train de discuter avec ma psychiatre. Je lui ai demandé si elle avait reçu mon dernier mail. Elle m’a répondu que non, puis elle l’a consulté pendant la séance. Suite à sa lecture, elle m’a demandé le pourquoi de cette syntaxe. Je lui ai répondu que M et Petite s’expriment ainsi. Ce qui est vrai.

Mais sa question m’a projetée dans l’incertitude et le doute. Peut-être que ce n’est pas vrai ? Peut-être que je mens sur toute la ligne. Ou, si je ne mens pas consciemment, peut-être que c’est juste dans ma tête ?

Alors en rentrant, j’ai fouillé dans ce que j’appelle “les archives”. Des lettres et d’autres textes sans destinataire précis. J’ai notamment lu des vieilles lettres à mon médecin traitant. Il y en avait plein. Des centaines de pages.

J’y ai trouvé ce que j’étais venue chercher. La preuve, pour moi en tout cas, que M et Petite existaient déjà à cette époque, en 2005, et utilisaient la même manière de s’exprimer. La même syntaxe. J’ai même retrouvée Lil Miss Perfect que j’avais complètement oubliée. Ça m’a fait du bien de la retrouver, elle aussi, même si elle n’a jamais fait partie de mes préférées.

De là est né plusieurs besoins. Pour commencer, le désir d’en apprendre plus sur la dissociation, en particulier le trouble dissociatif de l’identité, de m’informer, puis, ce faisant, de mettre mes propres mots sur cet état. Ensuite, une envie de partage, tout en me protégeant et en mettant mes limites. Enfin, le besoin de remettre de l’ordre sur mon site et de travailler à sa refonte.

Tout ça à cause d’une question.

Canicule

Il fait trop chaud. Plus de 40 °C à l’ombre en journée. Impossible de faire quoi que ce soit par une chaleur pareille, il faut attendre 22h pour commencer à vivre. Cela étant, le linge sèche à une vitesse folle dehors. Le jardin est en fleurs et il commence à y avoir des groseilles. Heureusement que nous avons une petite source qui nous permet d’arroser tout ça sans prendre l’eau du robinet.

Sinon j’ai été malade pendant 10 jours. Une bronchite ou quelque chose de ce genre. Un virus avec fièvre et grosse toux. Heureusement que je suis allée chez le médecin, parce qu’il m’a prescrit des antibiotiques, un sirop, de la ventoline et je ne sais pas quoi d’autre. La totale. Du coup, je n’ai pas pu aller à la réunion bisannuelle pour mon travail. J’étais encore fiévreuse et me voyais mal conduire 100 km, prendre le train, assister à la réunion et faire le même chemin retour, le tout en une journée, avec cette fièvre et cette toux.

Je ne suis pas très présente sur les réseaux en ce moment parce que j’ai énormément de travail. Mon travail habituel puis une mission en linguistique en plus. Du coup, je n’ai même pas le temps de lire en ce moment. Mais c’est avec un plaisir non dissimulé que je vous annonce que mon livre Grandir a fait l’objet d’un très bel article-interview par Martine Roffinella, sur son site Sous le pavé, la plume…. Je suis sincèrement ravie pour la magnifique lecture qu’elle en a fait et pour ses questions qui m’ont permis de partager autour de la genèse du livre, du lien thérapeutique avec ma psychologue, etc.

Mon mari est enfin en vacances et nous allons bientôt fêter d’abord les 13 ans du grand puis mes 40 ans. Nous allons essayer d’aller dans un parc d’attractions cet été. Les enfants en raffolent.

Dimanche

Dimanche. Bientôt la reprise. Conduite des enfants, puis ma psychologue, puis aller chercher ma fille, puis faire à manger, la conduire chez la pédo-psychiatre (quelqu’un de très bien), aller chercher un pantalon ou deux pour mon fils qui en a bien besoin, surtout depuis qu’il est tombé en jouant au loup et s’est fait quelques trous supplémentaires sur l’un des rares pantalons encore potables, aller chercher mon fils, faire le dîner et puis, voilà, encore une journée de faite.

Toute la semaine prochaine ressemble à peu de choses près au lundi. Beaucoup de conduites et beaucoup de rendez-vous. Et vendredi, si tout se passe bien (et il n’y a pas de raison à ce que ça ne se passe pas bien), je reprends mon travail après presque trois semaines d’arrêt.

Mon arrêt m’a fait beaucoup de bien. Les crises d’angoisse ont bien diminué avec mon nouveau traitement et je ne me sens plus paralysée. J’ai beaucoup dormi, j’ai joué un peu à la console, j’ai fait quelques démarches administratives – il le faut bien – j’ai fait le ménage et les repas, nous avons eu un petit invité à la maison et j’ai lu. Ma dernière lecture a été celle d’une nouvelle signée Martine Roffinella et intitulée Sang Fille. J’ai été percutée de plein fouet et j’en parle dans la partie Bibliothèque de mon site.

Ma prochaine lecture sera probablement L’Enfant Méduse de Sylvie Germain. Un livre qui attend depuis trop longtemps que je me penche dessus.

Bêta-lecture

J’ai eu l’immense plaisir de me voir confier la bêta-lecture d’un roman qui est vraiment excellent et que j’ai hâte de voir paraître dans les rayons. C’est rare que je sois enthousiaste à ce point, mais je ne manquerai pas de vous en reparler lorsque ce sera le moment.

Sinon rien de neuf. Je suis très fatiguée, je me remets doucement de ma dernière rechute dépressive et je suis en arrêt pour encore dix-quinze jours. J’ai vraiment envie de reprendre mon travail, en même temps que je suis encore fragile. J’ai quand même réussi à envoyer ma demande d’inscription en sixième année de doctorat et, en même temps, ma demande de césure. On verra bien si ce sera l’une ou l’autre.

L’autre Christine fait son petit bonheur de chemin et a déjà reçu un 5 étoiles sur Amazon et un commentaire très sympa sur Facebook. Grandir est également parvenu à destination de quelques-un(e)s qui m’en ont donné des nouvelles sur les réseaux. J’ai hâte d’être lue, en même temps que j’appréhende un peu.

J’ai aussi le plaisir de vous annoncer qu’un court texte de ma plume sera publié sur Parlons-anges, une page Facebook dédiée au deuil périnatal. C’est pour moi une honneur et je ne manquerai pas de transmettre le lien direct dès qu’il sera disponible.

En parallèle, j’ai commencé la rédaction d’un nouveau roman, mais ça avance très lentement, surtout que je ne suis pas encore rétablie et que les médocs ne font pas encore vraiment effet. Mais voilà, c’est dit. Un nouveau projet est né !

Grandir est sorti !

Ma première publication, Grandir, est enfin sorti ! – lien commercial sur le côté droit du blog. J’ai eu mes exemplaires auteur et je suis ravie du résultat. Les premiers exemplaires dédicacés partiront demain dans la matinée.

J’ai aussi publié en auto-édition sur Amazon un court texte qui me tenait à cœur et qui ne demandait qu’à sortir, L’autre Christine, et je suis ravie d’avoir obtenu un 5 étoiles de l’une de mes premières lectrices. Je n’envisage pas (encore) de le sortir au format broché, mais il est disponible au format Kindle et inscrit au KDP Select pour les abonnés.

Sinon rien de particulier. Les vacances de Pâques sont finies (mais pas les œufs en chocolat), les loulous de retour à l’école, et je vais bientôt faire ma demande d’inscription en 6e année de doctorat et, en parallèle, une demande de césure d’une année pour raisons médicales. On verra ce qu’il en sortira. J’ai besoin de souffler, dans un cas comme dans l’autre, en même temps que j’ai besoin de garder un pied dans l’univers de la fac. Ma directrice est très compréhensive, en plus d’être quelqu’un de très compétente, ça fait du bien.

J’ai repris goût à la lecture et je viens de terminer Dies Irae de Danièle Saint-Bois dont j’ai fait une petite chronique dans la Bibliothèque. Je n’en dis pas plus ici, si ce n’est que j’ai vraiment apprécié ce roman et que j’ai envie de poursuivre sur ma lancée avec les autres textes de Danièle Saint-Bois.

10 ans plus tard

Il y a dix ans, nous étions aux urgences suite au décès de l’un de nos tout-petits. Dans une petite pièce à lui donner son dernier bain, quelques minutes tellement précieuses à postériori où nos mains parcouraient son petit corps une dernière fois. Je leur en suis très reconnaissante, de ça, aux soignants qui nous ont reçus ce soir-là. De cette possibilité qui nous était offerte de faire nous-mêmes ce soin-là. Celui de tenir notre bébé dans nos bras, de le laver, de le caresser… avant de le laisser partir.

Nous n’avons pas de tombe où nous recueillir, pas de jardin de souvenirs non plus. A la place, nous avons enfin un arbre. Un pommier d’une dizaine d’années dans le jardin, planté juste avant Noël. Peut-être que j’y déposerais quelques fleurs demain, peut-être pas. J’y pense en tout cas.

Aujourd’hui, comme à mon habitude lors de la date anniversaire de décès de notre tout-petit, j’ai consacré la journée aux vivants de la famille. Je les ai prévenus ce matin qu’on ferait un saut à la grande ville et que je leur avais réservé trois surprises, un pour chacun, et pour finir (suite au message d’une personne très bienveillante) une surprise pour moi-même aussi.

Une assez belle journée, même si elle a été ponctuée de quelques flashs. De moins en moins au fil des années, c’est vrai. Le souvenir de notre tout-petit est devenu plus doux, moins parasité par le traumatisme de sa mort. Aujourd’hui, je porte fièrement notre bébé parti trop tôt dans mon cœur de maman.

Cheveux coupés

J’en avais tellement marre que j’ai pris une paire de ciseaux et je les ai coupés. Pas beaucoup, enfin 10 cm n’est pas ce que je qualifie de “beaucoup” en tout cas, mais ça fait du bien ! J’espère que je ne me suis pas trop ratée… auquel cas je ferais appel à mon homme pour rectifier le tir ce soir.

Bref, je me sens un peu plus légère.

J’ai aussi appelé le service de nutrition dans ma ville pour reprendre ma prise en charge côté poids, mais le docteur avait arrêté et était parti pour un cabinet privé. Merdoum. Du coup, j’ai appelé le CH de la grande ville la plus proche et on va m’envoyer un courrier, genre lettre de candidature, à remplir et renvoyer. Chouette.

Sinon rien de particulier. J’ai bossé, j’ai eu deux entretiens, mon grand était malade et est resté à la maison aujourd’hui. Une journée assez ordinaire tout compte fait.

Hier, j’ai lu le nouveau livre de Claudia Robert, Derrière la porte – L’inceste, survivre et renaître, et j’ai vraiment apprécié cette lecture. “Aimer” est peut-être un peu trop fort compte tenu du sujet, mais c’était très bien écrit et la poésie atténuait un peu la chute, toujours plus bas, dans l’horreur. J’en ai fait une chronique dans ma bibliothèque (lien en haut).

De mieux en mieux

Je ressens les bienfaits de ma reprise de médocs. Un mieux-être qui s’amplifie de jour en jour. Mon médecin traitant avait peut-être raison quand il disait que mon traitement est à vie. Bon, si c’est ça, tant pis ! Ce n’est peut-être pas si grave que ça.

Le sommeil m’échappe toujours. Cette nuit, j’ai dû dormir 3 heures en tout et pour tout. J’espère pouvoir rattraper une heure ou deux cet après-midi, avant d’aller chercher les loulous.

Inspirée par l’idée de mon amie Linnéa (son blog est en suédois), j’aimerais voir si l’intérêt existerait en langue française d’une anthologie sur la dissociation traumatique et j’ai lancé un appel sur Twitter. Ce qui est sûr, c’est qu’il y a un vrai manque en matière de littérature sur le sujet en français. Il n’y a guère que le magnifique ouvrage Le Soi hanté sur la dissociation structurelle (et encore, il s’agit d’une traduction !) et puis… je crois que c’est tout.

On verra bien si ça mènera à quelque chose. En tout cas, j’ai le plaisir de participer à l’anthologie suédoise avec deux nouvelles et un dessin.